LA CULTURE AFRO BERBÈRE

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La culture afro berbère face aux pressions méditerranéennes et proches orientales (tifinagh 1997)

La configuration géographiques du Maroc et plus spécialement son système hydraulique diversifié n’ont pas amené le nord et le sud du pays à s’unifier sous une même couronne depuis l’age néolithique, comme ce fut le cas pour la Haute et la Basse Egypte, dont les populations devaient presque fatalement s’entendre, au commencement du développement de l’agriculture, pour se partager les bénéfices d’un seul fleuve :le Nil  

Pourtant dans les premiers récits de l’Antiquité, le Maroc semble déjà se présenter comme une entité, plus ou moins définie, mais dont les auteurs de ces récits n’arrivent à voir clairement que la moitié : le Nord et le Sud se présentant comme les aspects diurnes et nocturnes d’un même phénomène.

        A la source de leurs informations se trouvaient les navigateurs méditerranéens, qui avaient échoué à atteindre eux-mêmes « le jardin des Hespérides », mais qui réussissaient à ce procurer les pommes d’or tant désirées par l’intermédiaire des habitants du Nord du Maroc.

 Dès le milieu du I millénaire av .J.C, ceux-ci ont fait ainsi leur apparition sur la partie éclairée de la scène, où se jouait la mouvance des civilisations méditerranéennes, tandis que ceux du Sud sont restés encore longtemps après en dehors de la lumière que commerçant et voyageurs méditerranéens cherchaient à projeter sur le pays. Même pour les romains, pourtant fermement établis dans le nord du pays pendant des siècles, le Sud est resté toujours terra incognita.

   On dirait que les pressions et convoitises, qui se sont manifestées sur les côtes du Nord-Ouest du pays, de la part des premiers navigateurs méditerranéens, ont incité les populations du Nord et du Sud du Maroc à établir une sorte de partenariat basé sur une interdépendance bien comprise et une répartition des rôles dans les relations avec les navigateurs et marchands méditerranéens.

On a observé le même phénomène pour une période mille ans plus tard, quand les commerçants berbères (sahariens) dans leur relation avec l’empire du Ghana n’ont jamais pu dévoiler l’origine de l’or qu’ils échangeaient contre du sel. Ceci au point qu’ils ont pu croire que l’or était cultivé comme une plante. 

        La conséquence en a été que dans leurs contacts avec Phéniciens, Carthaginois et Romans, une bonne partie des habitants du Nord du Maroc a été amenée à se constituer une personnalité qui convenait à leur rôle d’intermédiaire dans le commerce entre la Méditerranée et les lieux mystérieux et lointains du Sud d’où étaient supposés venir l’or et les autres produits recherchés.

 Ces contacts devaient aboutir à une acculturation progressive de la classe commerçante vis-à-vis de leurs commanditaires orientaux et méditerranéens de l’Afrique du Nord à cette époque. 

Cette acculturation a dû s’intensifier et s’amplifier quand les carthaginois et les romains ont pénétré à l’intérieur du pays et plus particulièrement quand ils ont créé un environnement urbain sur le modèle des villes de leurs origines. 

Des villes comme Banassa, Lixus, Volubilis devaient nécessairement marquer les habitants et l’esprit des familles indigènes qui y étaient admises.

 A la même époque la situation devait être tout autre dans les régions présahariennes du Maroc, qui participaient alors activement dans la prolongation des manifestations culturelles de la civilisation saharienne déjà millénaire. 

Le sort de celle-ci a été décidé par la détérioration des conditions climatiques et non pas par l’incapacité des femmes et des hommes de poursuivre le chemin de l’épanouissement humain déjà si avancé dans le Sahara au Vé millénaire av J.C comme en témoignent  les peintures et gravures du Tassili, du Hoggar etc.   

A coté des foyers de néolithisation dans l’Est méditerranéen, il y a eu des foyers de néolithisation aussi ancienne ou même plus dans le Sahara. Des poteries datées du VIIIe millénaire ont été mises à jour dans le désert du Ténéné sont la preuve d’une néolithisation très précoce de cette partie du continent. En faisant du Sahara une des régions fondatrices de traditions culturelles et artistiques dans le monde.

Cet épanouissement était clairement dû aux apports culturels de trois groupes de populations qui sont venues s’installer dans les Massifs montagneux du Sahara central où elles ont été  sans doute attirées par des conditions optimales pour leur troupeaux de bovins, ovins. 

La période bovidienne est loin de répondre à un peuplement foncièrement mélanoderme, comme il avait été prétendu, elle implique de nombreux éléments de faciès éthiopien rappelant les Fulbés actuels ainsi que des éléments europoïdes. Ces différents types, qui ont pu se juxtaposer dans certains cas, vivre en symbiose dans d’autres, indiquent des migrations successives qui ont dû se succéder au cours de deux millénaires, de — 4000 à 2000 av. J.-C., période attribuée actuellement aux pasteurs, mais qui aurait pu débuter plus tôt si certains chiffres donnés par le C. 14, pour certains sites de l’Acacus, devaient se confirmer dans l’avenir.(H.Lhotte)

A coté de populations négroïdes venues du Sud depuis le début de la période du ‘grand humide’(-10.000), sont arrivés (vers -6000) de l’Est des pasteurs de bovidiens, de type « éthiopien »(ancêtres des Peuhls) et vers – 3000 des populations de tradition capsienne venant de l’Atlas Saharien (des proto-Berbères). 

A partir de – 2000 l’assèchement du Sahara Central a déclenché le mouvement de migration vers le Sud 

( l’actuel Sahel), sans doute d’abord sous forme de transhumance à long parcours. 

Bien que la migration se soit effectuée principalement en direction du Sud, les descendants des capsiens  semblent avoir retrouvé le chemin vers l’Atlas entraînant avec eux peut être une partie des ‘éthiopiens’ ( les Harratines du Sud marocain et algérien). A ce propos on peut de nouveau H.Lhotte :

Il est impossible de préciser quelle était l’origine des Noirs qui vivaient alors en symbiose avec les pasteurs, s’ils étaient des éléments importés de régions voisines ou s’il s’agissait de reliquats humains de la période des « Têtes rondes ». Du peuplement correspondant à cette dernière époque archéologique, on ne peut rien soupçonner de sa survivance. Parler d’une émigration vers le sud sous la poussée des envahisseurs bovidiens est une hypothèse simple, qu’on peut envisager, mais qui est entièrement gratuite. Les parois du Tassili ne nous apportent aucune indication à ce sujet, sinon qu’après l’arrivée des pasteurs, aucune trace de l’art des « Têtes rondes » ne subsiste sous aucune forme. On peut donc penser à une émigration vers le sud, sans toutefois éliminer la possibilité que des éléments soient restés sur place, plus ou moins assimilés par les pasteurs.

 Il reste toujours à expliquer l’origine des populations noires qui vivent encore aujourd’hui dans les oasis sahariennes et qui ne peuvent être attribuées essentiellement à l’esclavage. Si celui-ci a contribué à entretenir sa vitalité, l’existence d’un substratum négroïde ne fait, cependant, aucun doute. Si des rites et des coutumes pratiqués aujourd’hui dans les oasis reflètent des influences de populations soudanaises actuelles, beaucoup d’autres sont la réminiscence d’un fond cultuel plus ancien. Ainsi, la fête de la « Zébiba » à Djanet, qui comporte des mascarades avec des déguisements masculins, évoque, par le port de cornes animales sur la tête, certaines scènes que l’on trouve dans les « Têtes rondes ». Malheureusement, les enquêtes menées à leur sujet n’ont apporté, jusqu’ici, aucun indice probant car, si la tradition persiste, les paroles et les chants qui accompagnent ces manifestations ne sont plus même compris des populations actuelles. Le problème reste donc entier.

Les nombreuses gravures rupestres des différentes régions du Sud Marocain montrent une sensibilité esthétique très développée dans l’art animalier du Jbel Bani.

De l’autre coté une vision cosmique élaborée du monde s’est manifestée dans les représentations symboliques des gravures du Yagour dans le Haut Atlas.  La présence dans celles-ci d’armes de type ibérique est le premier signe d’apports techniques arrivant au Sud du coté de la Méditerranée. Ces apports se greffent ici clairement sur un fond culturel propre déjà bien articulé. 

Les gravures du Yagour sont ainsi significatives d’un phénomène qui se confirmera à travers l’histoire du ‘Souss’ : sa capacité d’intégrer des apports techniques et culturels extérieurs dans une tradition culturelle qui lui est propre, mais qui a ses racines dans la civilisation saharienne. 

C’est aussi dans ces racines qu’on trouve l’explication des affinités de la culture du Souss avec les cultures subsahariennes qui doivent également beaucoup au même fond saharien. 

  Les Capsiens ou proto-Berbères ont dû donner une nouvelle impulsion à la civilisation saharienne naissante élaborées par des sahariens négroïdes, auteurs des peintures les plus anciennes : celles dites des ‘’Têtes rondes’’.   Ainsi a pu se constituer au Sahara ce qu’on doit bien appeler l’art afro berbère.

L’art afro berbère

La part ‘’africaine’’ se trouverait dans le savoir faire et la sensibilité artistique, la part ‘’berbère’’ dans le rôle de commanditaire des œuvres, préfigurant ainsi déjà les rapports de maître à serviteurs. Les rapports entre commanditaires blancs et artisans négroïdes ont prévalu au Sahara jusqu’au temps modernes et se retrouvent dans le travail saharien du cuir et du métal, que ce soit du coté des Maures arabophones ou du Touarègues berbérophones. 

Les noirs ont vu leur situation se détériorer, probablement à afin du II° millénaire, à l’arrivée au Sahara des berbères ‘’méditerranéens’’, notamment des Garamantes, dont descendraient les Touarègues actuels. Les rapports entre ces deux groupes ne sont pas sans rappeler ceux entre romains et leurs serviteurs grecs ; ceux-ci transmettaient à leurs maîtres romains les différents aspects de la culture grecque. 

     N’y a-t-il pas de nombreux exemples de peuples conquérants qui se sont laissés séduire par le savoir faire et le savoir vivre des populations qui leur étaient asservies, ou encore de peuples(sahariens,crétois,juifs,andalous etc.) qui, forcés à migrer vers d’autres lieux pour des raisons diverses, ont puisé dans la mémoire collective du ‘’paradis perdu’’, la volonté de reconstruire ce paradis, dans des circonstances souvent difficiles et des lieux totalement différents de ceux de leurs origines, en cherchant à maintenir le niveau et la qualité de vie qu’ils avaient connus. 

Ce défi a été relevé par les populations sahariennes qui ont du s’installer dans les oasis et auprès des fleuves tel que le Niger, le Dra, etc., suite au dessèchement progressif du Sahara.

Le repli des Bovidiens a du s’opérer à partir du IV° et tout au long du III° millénaire,il était pratiquement accompli  au II° millénaire,au moment de l’arrivée au Sahara des Garamantes ou Equidiens, c’est-à-dire des berbères associés aux chevaux et aux chars. 

  Dans l’art rupestre, attribué à l’époque des Equidiens, on constate la disparition de vêtements tissés et l’utilisation du cuir pour les éléments vestimentaires, ce qui correspondrait à la disparition des moutons à laine du Sahara, mais non, parait il, du métier à tisser qui avait permis la fabrication des vêtements, dont s’habillaient somptueusement les Bovidiens de la grande époque. 

‘’Ce métier à tisser à lisse fixée est encore utilisé par les Maures pour la fabrication d’éléments de tente en poil de chèvre, et il a du être conservé également par les populations qui ont migré du Sahara vers les Oasis du Sud Marocain et qui se sont finalement installées dans l’Atlas. Ce métier, dont se servent aujourd’hui encore les femmes des différentes parties de l’Atlas, est exactement le même que celui ‘’introduit’’ par les bédouins arabes au Maroc 2000 à 3000 ans plus tard, mais utilisé par des hommes’’.( cf. René Boser ….)

Un grand dynamisme a permis à ces anciens sahariens de passer d’une agriculture extensive exigeant peu d’efforts à la production agricole par le dur travail de l’aménagement et la mise en valeur du sol : canaux d’irrigation, forage de puits etc. 

Quand plus tard une partie des habitants des oasis présahariennes s’est installée dans les montagnes de l’Anti Atlas, les efforts d’aménagement du sol ont du redoubler avec les travaux gigantesques nécessaires à la construction des terrasses à flanc de montagne.

La progressive adhésion à l’Islam à partir du VIII siècle ap. J.c. a permis aux population du Nord et du Sud du Maroc de se rencontrer à un autre niveau que celui des seuls intérêts commerciaux et de se sentir intégrées dans une seule communauté, Grâce notamment aux nombreux liens tissés entre étudiants et savants qui avaient fréquenté les mêmes centres d’enseignements et se réclamaient des mêmes maîtres spirituels. 

Malgré ce rapprochement au niveau religieux et spirituel, deux attitudes intellectuelles et deux sensibilités artistiques différentes ont continué à se manifester.

Dans le Nord du Maroc, l’Islamisation fut accompagnée d’une forte acculturation vis-à-vis de Carthage et de Rome. 

Par contre dans le Sud les élites intellectuels et les artistes se sont toujours efforcés de concilier les valeurs universelles de l’Islam avec les traditions locales auxquelles les populations du Sud restaient attachées.

Au besoin de respect pour l’identité culturelle de la part des couches populaires, les ‘uléma du Sud ont répondu avec beaucoup de tolérance et une grande générosité dans l’interprétation et l’application de la loi coranique, comme le montre Jacques Berque dans son étude sur ‘’Al Youssi et les problèmes de la culture marocaine au 17° siècle’’. 

Nous-mêmes, avons pu faire l’expérience de la continuité de cet esprit jusqu’à nous jours quand nous fumes reçus en 1965 à la Zaouïa de Tanalt, au cœur des montagnes de l’Anti Atlas, par le maître spirituel Si Habib. Son hospitalité était emprunte d’un sens eucömenique    profond, qui faisait grand contraste avec les interdictions faites aux non musulmans d’accéder aux mosquées et aux sanctuaires dans les villes comme Marrakech et Fès.

Dans le Sud Marocain le peuple est ses élites se sont souvent retrouvés au de la des dogmes dans l’élan mystique par lequel l’esprit l’emporte sur la lettre et l’oral sur l’écrit. 

La culture du Sud Marocain parait prolonger les traditions sahariennes et africaines. Elle se différencie de la culture du Nord du Maroc, où les influences méditerranéennes et proche orientales ont fait triompher écriture et autres techniques d’expressions et de communication qui ont relégué à un plan inférieur l’expression orale et manuelle de la culture populaire qui ne suit pas des modèles d’expression fixés dans le temps et dans la forme et qui permet une interprétation chaque fois renouvelée et créatrice.

Ce qui frappe dans le Sud,dans le Haut Atlas Occidental notamment, c’est que les anciennes constructions à caractère religieux, destinés à la prière ou à l’enseignement, ne diffèrent guère dans les matériaux utilisés ou dans les formes architecturales,des constructions civiles privées ou collectives.

A en juger par les anciens lieux d culte, l’Islam s’était enraciné dans le terroir depuis des siècles. 

Par contre les écoles et les mosquées construites récemment, donnent l’impression, par leur architecture et les matériaux utilisés, que l’enseignement qu’on y applique et la religion qu’on y pratique, sont imposés de l’extérieur, à partir d’un centre administratif et politique, qui ignore les traditions locales.

Quant aux manifestations populaires, liées aux rites agraires et à ceux du mariage : chants, danses et musique, le fqih et le ‘alem s’absentent traditionnellement d’y assister, mais ils s’absentent également à déclencher contre elles des actions iconoclastes.

Nous devons néanmoins faire une distinction entre le Sud Est et le Sud Ouest  du Maroc dans le degré d’indépendance vis-à-vis des modèles andalous ou orientaux.  

Tout en ayant partagé avec le Sud-Ouest (le Souss) l’héritage des anciennes civilisations sahariennes, le SUD-EST du Maroc s’en est différencié au début du VIII siècle ap. J.C., à cause de l’ampleur que commençait à prendre à ce moment le commerce de l’or entre l’Afrique subsaharienne et la Méditerranée Orientale et le Proche Orient où la demande du métal précieux augmentait rapidement aussi bien à Bagdad qu’à Byzance.

C’est grâce à la proximité de cet axe commercial international que les richesses minières et agricoles du Sud Est Marocain ont pu être mises en valeur dès cette époque. Car, en effet, à part le sel l’essentiel des produits d’échanges contre l’or subsaharien était constitué par le cuivre et l’argent extraits des mines du Sud Marocain. L’exploitation à grande échelle de mines comme celle d’Imiter n’a pu se faire que sous le contrôle de l’autorité d’un chef d’Etat.

L’adhésion des habitants de certaines vallées du SUD-EST au Kharijisme, propagé semble-il par des missionnaires iraniens, a permis la formation de petits Etats ayant à leur têtes des chefs élus par la population, ce qui devait leur donner suffisamment d’autorité pour organiser l’exploitation de ces mines. 

On peut penser que ces princes berbères soufrites ont maintenu des contacts avec leurs coreligionnaires d’Orient, ce qui a pu préparer le terrain à l’afflux d’orientaux à Sijilmassa quelques décennies plus tard.

 La présence dans cette ville d’une communauté nombreuse issue des cités sophistiquées d’Orient a été lourde de conséquences pour le Sud Est, car elle a forcément empêché l’épanouissement d’une civilisation urbaine berbère locale, dont avaient pu apparaître les premières manifestations dans les villes archipel du Todgha et du Ziz.( cf. Eustache…)

L’importance prise par Sijilmassa, plaque tournante vers l’Espagne et l’Italie comme vers l’Orient, en faisait un élément clé dans l’équilibre des forces économique et politique entre la méditerranée  Orientale (Byzance-le Caire Bagdad) et la Méditerranée Occidentale (Cordoue Gênes).

 Les contacts soutenus de Sijilmassa avec la Méditerranée Orientale et le Proche Orient se sont traduits par une forte influence culturelle de l’Orient, dont la propagation du Kharijisme chiite dans le Sud Est au VIII° et le IX° siècles. Il a laissé des traces dans les coutumes populaires jusqu’à nos jours, même si elles ont été combattues par le Sunnisme, officialisé depuis déjà le X°siècle. 

On ne s’étonnera donc pas que les formes et techniques dues aux influences orientales dans les domaines de l’orfèvrerie et de la céramique aient pu également se maintenir jusqu’à une époque récente dans le Sud-Est.

L’arrivée dans le Sud Marocain à partir du XIII° siècle des tribus bédouins arabes, les Ma’qil, a marqué plus spécialement le Tafilalt et en a fait un foyer de culture arabe tant au niveau linguistique et littéraire que politique. C’est probablement  dans le Tafilalt où s’est développé le genre de poésie dit ‘’melhoun’’ qui a conféré à l’arabe parlé marocain ses lettres de noblesse. La diffusion à partir du Tafilalt de cette poésie chantée du genre épique a beaucoup contribué à l’arabisation des milieux populaires dans les villes comme Marrakech et Fès où la langue arabe n’était parlée que par une petite élite jusqu’au 17° siècle. 

Le Tafilalt est également le berceau de la dynastie alaouite qui a régné sur le Maroc depuis le 17 °siècle. Le prestige religieux, attaché à leur ascendance de la famille du Prophète, a permis aux chorfa alaouites d’étendre le rôle politique de médiateur entre différentes fractions de la population, qu’ils avaient déjà joué dans le Tafilalt, à l’ensemble d’un pays, menacé dans son unité par des forces intérieures et extérieurs. 

Pourtant au 16° siècle les influences orientales, iranienne et arabe, dans le Sud Est avaient été sérieusement remises en question par la poussée des tribus sanhaja berbères qui font alors souffler de nouveau, comme aux temps des almoravides, l’esprit saharien et africain sur le Saghro-Tafilalt, le Haut Atlas Oriental, le Moyen Atlas et le Maroc Central jusqu’aux portes de Rabat.

 Si l’on considère les tapis et tissages, leur moyen d’expression par excellence, ces populations nomades ou semi nomades ont pu conserver jusqu’au milieu du 20° siècle des traditions, qui se rattachent à la sensibilité africaine. Chez les Zemmour, établis entre Mekhnès et Rabat, les tisseuses font même encore de nos jours preuve de beaucoup d’indépendance par rapport aux tapis de Rabat auquel est attaché pourtant un grand prestige social et dont l’organisation de l’espace décoratif est clairement inspirée du tapis turque. 

La poussée des tribus Sanhaja du Sud Est vers les plaines atlantiques à travers le Moyen Atlas, trouve son origine dans la diminution des bénéfices qu’elles avaient traditionnellement tirés du commerce transsaharien. Ce commerce avait permis d’établir pendant des siècles une interdépendance entre d’un coté les sédentaires agriculteurs dans les oasis présahariennes et les producteurs de biens d’échange dans les centres artisanaux et de l’autre les nomades qui assuraient les échanges commerciaux à travers le Sahara.

A partir de 1600 environ, le commerce transsaharien sur l’axe oriental est en grande partie capté, à partir du Touat, par les régences Turques et dévié de l’axe Tafilalt-Fès-Nador vers Figuig-Tlemcen-nain et vers Tunis.

Pour ce qui reste du commerce en direction du Tafilalt, les Sanhaja berbères sont alors en rivalité avec les Maaquil arabes. Elle se traduit pour les deux groupes de nomades par une pression croissante sur les sédentaires du Tafilalt, du Dadés etc. et par une conversion de la vie nomade liée au commerce vers une vie semi-nomade de transhumance : élevage de moutons et agriculture d’appoint. Cette rivalité avec les tribus arabes fit naître une prise de conscience identitaire chez les tribus berbères. Celles-ci étaient cependant trop en concurrence entre elles à propos des pâturages pour pouvoir s’entendre sans la médiation d’une autorité morale incontestée.

Les chefs de la Zaouïa de Dila, situé à proximité de l’actuel Beni Mellal, ont su assumer ce rôle historique. Non seulement ils avaient l’autorité morale nécessaire, mais également le génie politique pour comprendre qu’il fallait supplier aux manques d’une économie pastorale pauvre par les bénéfices générés par le péage du transit des produits qui faisaient l’objet du commerce transsaharien resté profitable malgré sa récession.

La Zaouïa de Dila réussit à unir l’ensemble des tribus de langue Tamazigh dans un pacte qui devait assurer le control de tous les passages du Tafilalt vers Fès, principale ville productrice de biens d’échange, contre les produits subsahariens et de ceux vers la coté atlantique ou se concentrait dorénavant le commerce avec l’Europe. 

En jouant la carte géostratégique, cette Zaouïa  a assuré aux populations du Haut Atlas Oriental et de Moyen Atlas une période de prospérité malgré la pauvreté de leur milieu naturel. Des événements en grande partie en réaction à la conjoncture économique internationale avaient bouleversé l’ancien équilibre du pays et de ses populations. 

En l’absence de pouvoir central et face à l’ambition politique naissante des forces arabophones dans le Tafilalt, la Zaouïa de Dila a su apporter des solutions spécifiques à la région. Quand les forces armées de la Zaouïa dispose de son emparées de Rabat Salé en 1650, à fin que la Zaouïa dispose de son propre port atlantique, elle a pratiquement coupé le pays en deux, mettant ainsi en danger son unité et sa cohésion.  

Malgré la vitalité des populations qu’elle contrôlait, la Zaouïa de Dila n’a pas eu les moyens d’une politique nationale, si toutefois elle en a eu vraiment l’ambition. Cette ambition avait fait son chemin, cependant, chez les arabophones du Tafilalt, mais ne pouvait aboutir qu’aux dépens de la Zaoui de Dila et des forces que celle ci représentait.

Même si la Zaouïa de Dila a été anéantie (1668) les populations dont cette Zaouïa avait su exprimer les aspirations, sont restées solidement installées jusqu’au cœur même de ce qui était une fois la Mauritanie Tingitane : romaine et méditerranéenne. Elles y ont ramené, notamment à travers leurs tissages, la sensibilité artistique du continent africain.  

C’est cependant aussi la période où les artisans issus de Sijilmassa, qui étaient en quête de nouveaux marchés après le déclin définitif de leur ville, ont pu être tentés de s’installer parmi les populations du Moyen Atlas afin de construire pour ces anciennes nomades les maisons forteresses en terre battue selon les modèles telles qu’ils les avaient pu connaître dans le Tafilalt et aussi pour leur fabriquer les bijoux qui reflétaient encore le goût d’opulence des habitants de l’ancienne capital. Ces apports des artisans issus du Tafilalt n’ont pas vraiment altéré les traditions africaines des populations d’origine nomade qui faisaient leurs premiers pas sur le long chemin de la sédentarisation, dans un esprit d’autodétermination on dirait.

On peut se demander, cependant, si les mêmes populations pourront résister à la longue aux influences méditerranéennes et proche orientales, qui se manifestent à proximité de leur lieux d’installation : dans les vestiges des anciennes villes romaines et de façon encore plus pressante dans les villes de tradition hispano-mauresque et les villes industrielles modernes. On ne peut pas oublier que les Sanhadja et les Masmoudas, sous les dynasties des Almoravides et des Almohades, n’ont pas résisté à la séduction que représentait pour eux le contact avec les civilisations méditerranéennes et proches orientales. 

On peut néanmoins penser que les représentants de ces dynasties se sont laissés emporter par leurs ambitions impériales, dont les objectifs n’étaient pas favorables à l’éclosion d’une diversité de cultures locales. Cette diversité ne peut se manifester qu’au moment où un modus vivendi est trouvé entre les aspirations régionales et le pouvoir central.

Comparé à la vitalité montrée au 17° siècle par les Sanhadja du SUD-EST, dans leur poussée vers les plaines atlantiques, les Masmouda du Sud Ouest paraissent avoir accepté depuis la fin de l’époque Almohade d’être contenus dans leurs montagnes du Sud Ouest. On a parlé d’un effet de refoulement et de repli sur soi chez les populations.(cf. J.Berque) 

La tolérance intellectuelle,le mysticisme religieux,le raffinement dans les structures sociales et la création artistique,qui n’ont été relevés comme étant des aspects marquant la culture du Souss ces derniers siècles,ont pu s’y développer en réaction à l’expérience almohade. 

En effet, la tolérance dont nous avons parlé à propos des ‘uléma du Souss à l’égard de ’attachement des populations sud marocaines aux traditions locales, marque un fort contraste avec l’action d’un Ibn Toumert, fondateur de la dynastie des Almohades, dont certains excès à son retour d’Orient ont donné une réputation injuste aux berbères, et aux Africains en général, dans les manuels d’histoire.

En tant que réformateur religieux Ibn Toumert parait avoir agi sous influence de doctrines orientales,alors que son action en tant qu’homme politique est clairement inspirée par les traditions berbères. Dans ce dernier domaine il s’est montré tout à fait dans la ligne de ce qu’on observe les siècles suivants chez les intellectuelles du Sud Marocain : Ils restent attachés, malgré leur ferveur religieuse universaliste. aux traditions locales.

Le génie politique d’Ibn Toumert lui a permis d’appliquer les principes de l’organisation politique et sociale de petites sociétés berbères rurales à l’organisation d’un grand Empire. Celui-ci aurait mérité le qualificatif de ‘’berbère’’, si la dynastie almohade avait su promouvoir également la transposition des différentes formes d’expressions de la culture berbère, jusqu’à alors déterminée par un milieu rural,à celles d’un milieu urbain : en architecture et en décoration intérieure ainsi que dans les domaines de la pensée,la littérature,de la musique etc.

Cependant les Almohades, comme toutes les autres dynasties berbères arrivées au pouvoir dans les centres urbains du Nord du Maroc, se sont inspirés du modèle andalou dans leurs actions culturelles et artistiques. Les Almohades ont néanmoins admis la langue berbère au plus haut niveau administratif et même pour l’enseignement religieux. On peut donc se demander pourquoi dans le domaine des arts, ils n’ont pas saisi l’occasion d’intégrer les traditions artistiques du Sud Marocain dans la construction et la décoration. Des traditions d’architecture et de décoration intérieure devaient bien pourtant exister chez les différentes populations sédentaires du Sud, car c’est dans ces traditions qu’ont du puiser les constructeurs des mosquées et des Zaouïa du 18° siècles que nous connaissons aujourd’hui.

Ces dernières constructions sont de dimension modeste par rapport à l’architecture monumentale, dont les Almohades avaient besoin,aussi bien pour accueillir le grand nombre de fidèles dans les mosquées des villes que pour donner une image de leur pouvoir dans les palais où ils résidaient. Il aurait fallu une véritable volonté de politique culturelle de la part du pouvoir et la présence de constructeurs de grand talent pour élaborer une architecture monumentale à partir des données des constructions locales populaires.

Pourtant c’est ce qu’en Iran,la dynastie perse des Sassanides a réussi à faire mille ans plus tôt en ayant la volonté de se liberer de l’impact de la culture hellénistique. Ils ont pris la modeste voûte faite en brique dans les constructions populaires locales comme modèle pour aboutir à la coupole couvrant de grands espaces.

Des traditions populaires ont aussi inspiré l’élaboration de savantes constructions en bois que ce soit dans le sens vertical (Eglise norvégiennes et russes) ou horizontal (Espagne) 

Faut-il penser que les Almohades ont adhéré à la tradition artistique des Omeyyades de Cordoue, notamment en architecture, seulement comme solution de facilité et avec le souci d’apparaître comme les héritiers légitime du Califat de Cordoue ?   

 Cependant ; on ne peut pas écarter à priori la possibilité que les Almohades aient reconnu dans l’Art des Omeyyades un reflet de leur propre sensibilité

Nous voulons ici brièvement considérer cette possibilité et pour le faire nous devons d’abord situer l’Art Omeyyade et la tradition hispano-mauresque dans l’Histoire de l’Art dominé par deux courants de sensibilité contrasté :  Africain et Asiatique.    

 Les Omeyyades de Cordoue sont restés fidèles pour l’essentiel à la tradition artistique de la période byzantin de leur pays d’origine : le Syrie. Dans ce pays, les courants artistiques mésopotamien et asiatique avaient été contrebalancés pendant des milliers d’années par les influences africaines transmises par l’Egypte pharaonique à l’époque sa grandeur. 

A coté du rôle de l’Art persan dans l’élaboration de l’Art byzantin et de l’art islamique, on ne doit pas négliger de mentionner celui du complexe héritage artistique syrien, dont une bonne partie était dû au rayonnement de l’Art pharaonique.

Alors qu’en Syrie, l’apport de la tradition africaine de l’Egypte était en rivalité avec celle de la Mésopotamie et des steppes asiatiques, par contre dans la péninsule ibérique les apports de l’Egypte pharaonique étaient venus renforcer les liens avec l’Afrique du Nord, remontant loin dans la préhistoire. La péninsule ibérique s’était constituée depuis le 2ème  millénaire av J.C. en véritable relais pour le rayonnement de la culture pharaonique et de la sensibilité africaine vers l’Europe Occidentale.

 L’intégration définitive de l’Egypte dans la mouvance proche orientale, depuis l’époque hellénistique, s’est répercutée sur notre perception de l’influence de l’Art et de la culture pharaoniques sur la culture méditerranéenne et européenne. 

Nous sommes habitués en effet à voir cette influence comme faisant partie des influences proches orientale, alors que la culture pharaonique a clairement ses racines dans le continent africain. Aussi choquant que cela puisse paraître aux partisans de l’ex Orient Lux, nous devons peut être reconnaître que la civilisation dite méditerranéenne doit probablement l’essentiel à l’Afrique, c’est-à-dire son humanisme. L’intérêt pour le corps humaine comme demeure et manifestation de l’âme et non pas comme prison apparaît dans la momification et dans les constructions mégalithiques, en opposition avec la tradition iranienne ou hindou de l’incinération et de la destruction du corps.

Il n’est pas possible d’exposer ici en détail les théories, à l’élaboration desquelles plusieurs historiens d’art se sont essayés, visant à dégager les lignes de force dans l’évolution des arts à travers les continents au cours des millénaires.

Dans notre étude sur les bijoux et les tapis du monde rural marocain nous avions nous-mêmes dû constater, à notre surprise presque naïve, une différence fondamentale entre les expressions visuelles des populations sédentaires agriculteurs d’un coté et de celle des transhumants éleveurs de l’autre.

Malgré les compénétration et interférences entre agriculteurs sédentaires, éleveurs transhumants et commerçants citadins, il est certain que pour expliquer leurs formes d’Art respectives, il est important de garder présentes à l’esprit les expériences spécifiques, en ce qui concerne le temps et l’espace, découlant de ces modes de vie et de production

 

Rares sont cependant les régions du monde, ou les formes d’Art se sont développées en réponse  seulement à des modes de vie en relation avec l’environnement sans interférence d’un des deux grands courants historiques intercontinentaux qui l’on emporté de plus en plus dans l’évolution des arts sur les facteurs écologiques locaux. 

 Chacun de ses deux courants est le résultat de l’accumulation historique de nombreux héritages et acquisitions culturelles 

 Les peuples des deux régions placées à l’intersection des continents euro asiatiques et africain, le Proche Orient et la péninsule ibérique, ont su au cours de l’histoire donner une expression chaque fois renouvelée du courant de sensibilité qui s’y faisait sentir : le courant des steppes asiatiques en Iran et le courant africain en Espagne.

 La vision dualistique de la nature et du monde qui pris forme apparemment quelques part en Asie Centrale a pénétré profondément aussi bien la culture chinoise que celle de l’Iran et du Proche Orient en général où elle est même sous jacente dans la conception unitaire des religions monothéistes 

 La véritable vision unitaire est celle de la Vierge- Mère à Enfant propre aux anciennes traditions sédentaires basées sur la stabilité dans l’espace et la régularité dans le temps. 

L’inquiétude permanente inhérente à la vision dualistique des éleveurs s’exprime dans la recherche de l’équilibre toujours à rétablir entre forces opposées. Ce monde toujours en mouvement dégage une impression de dynamisme qui contraste avec l’aspect  statique  que présentent  les civilisations agraires.

 Il est à rappeler cependant que les civilisations agraires « statiques » ont eu une qualité de vie plus durable que celle des civilisations « dynamiques » dont les éclats ont été en général de courte durée par rapport aux longues périodes de détresse. 

Aussi bien le Proche Orient que l’Europe Occidentale ont été le théâtre de la confrontation de ces deux courants donnant lieu à des débats qui ne sont pas toujours restés pacifiques, mais qui ont été néanmoins à la base de la richesse et de la variété de leurs patrimoines culturels respectifs.

– l’Iran reprenant l’héritage de la civilisation mésopotamienne : première manifestation de la sensibilité dualistique : exprimée par le dynamisme de l’art animalier ; 

– la Péninsule IIérique reprenant de son coté l’héritage de la civilisation pharaonique : première cristallisation d’une sensibilité attachée à l’équilibre et à la stabilité : exprimée par l’art géométrique

 

L’intérêt pour le dépassement du temps fugitif dans la plénitude du présent, hic et nunc, est déjà visible dans l’art mésolithique du levant Ibérique et s’est maintenu dans l’art rupestre du Continent Africain pratiquement jusqu’au temps moderne. Malgré le caractère hiérarchique de la représentation statuaire des pharaons, l’art de l’époque pharaonique montre très tôt un intérêt aigu pour la vie quotidienne et les sentiments humains les plus humbles.    

Sur la Péninsule Ibérique, cette même sensibilité s’est manifestée à travers les siècles aussi bien dans la peinture que dans la littérature.

 L’expression de la sensibilité africaine avait ainsi trouvé sa place du coté des rives de la méditerranée jusqu’au Nord de l’Europe avec celle des peuples migrateurs du continent euro asiatique. Ceux-ci, en suivant le cours du Danube, ont marquée depuis des temps reculés les traditions artistiques du Centre et du Nord de l’Europe ou les deux courants se sont rencontrés.

Dans les vastes mouvements migratoires de l’Est à l’Ouest la plupart des peuples concernés ont été en contact,à un moment ou à un autre,avec le monde iranien et l’héritage plastique mésopotamien. Ces contacts ont été déterminants pour les techniques d’expressions artistiques que ces peuples ont pratiquées eux-mêmes et qu’ils ont répandues au long de leurs parcours de migration.

Cependant ces contacts, parfois sous forme de véritables invasions, ont aussi permis au sensibilité des peuples des steppes asiatiques pénètre à travers l’Iran dans tout le Proche Orient 

 Par l’importance de l’art iranien dans la constitution de l’art islamique, les formes d’art qui traduisent la sensibilité asiatique ont aussi pénétré l’Afrique du Nord, dans le sillage de l’expansion de l’Islam.

 Ceci a commencé même avant que Bagdad ne devienne la capitale des califes abbassides et qu’elle ne fasse rayonner la tradition artistique élaborée sous la dynastie perse des Sassanides.  

L’influence iranienne s’est manifestée dans le Maghreb al Aqsa dès les VII ème sous la forme du Kharijisme et du Chiisme. De ce dernier les Fatimides ont fait à leur tour une véritable arme politique. L’influence iranienne s’est fait sentir également dans le Sud Est Marocain dans les domaines de l’expression artistique : architecture, poterie, etc., à travers la présence d’une importante communauté iranienne à Sijelmassa.

L’histoire de Sijelmassa fondée en 754 est l’histoire de la rivalité entre deux grands courants de civilisation autant que celle de la lutte pour le contrôle du commerce de l’or. 

Ici, nous faisons seulement observer le rôle important qu’on joué les Omeyyades de Cordoue en marquants les limites de la poussée asiatique ( irano turque) vers l’Ouest en établissant fermement, dès la fin du 10ème siècle, l’axe Cordoue-Fès-Sijelmassa. 

A défaut de leur action tout le Sud Marocain aurait pu être gagné par l’influence asiatique et l’ensemble du Maroc ainsi que la Péninsule Ibérique, auraient pu être coupé culturellement de l’Afrique de façon définitive.

Ainsi le Maroc a évité (ou seulement reporté ?) le sort de l’Egypte, dont la civilisation de l’époque pharaonique a été progressivement coupée de ses racines saharienne et africaine au profit de l’intégration totale de l’Egypte dans la mouvance culturelle du Proche Orient, région entièrement gagnée par la sensibilité née des steppes asiatiques par les invasions successives des Seldjoukes et Turques etc.

Quand au 10ème siècle les Fatimides ont tourné finalement leur regard vers l’Est, la diminution de la rivalité entre Sunna et Chia dans l’Occident Musulman a été sans doute une des causes du relâchement dans les mœurs et de la libéralisation de la pensée à l’intérieur du Califat de Cordoue, ce qui a mené vers son désintégration.

D’autre part, les pressions orientales sur le Maroc ayant été contenues et finalement écartées, les forces vives dans le Sahara, sous pression de la désertification, ont trouvé l’occasion de se trouver une place au Nord de l’Atlas, se concrétisant dans la fondation de Marrakech, tout en se donnant pour mission d’unifier l’Islam en Occident 

 Par la fondation de Marrakech les Almoravides et les Almohades ont crée et consolidé un avant poste pour le rayonnement et la sensibilité africaine au nord de l’Atlas.

Par les contacts continus de Marrakech avec l’Afrique à travers le Sahara et le rayonnement de la ville pendant plusieurs siècles sur l’ensemble du Maghreb,voire sue la Péninsule Ibérique,un, courant de sensibilité venant de l’Afrique profonde n’a cessé de d’être présent jusqu’e sur les rives de la Méditerranée . 

Nous croyons nécessaires de relever cette autre face de la médaille de Marrakech, dont les historiens font en général  un phare de la civilisation andalouse en direction de l’Afrique.   Personne ne niera ce dernier rôle, mais il est temps de se débarrasser de l’idée que le Sahara voir l’Afrique subsaharienne, auraient été « civilisés » à partir  de la méditerranée  du Proche Orient. Les échanges sont toujours allées en double sens .il est claire que même de nos jours Taroudant et Marrakech font rayonner sur l’ensemble du Maroc une sensibilité et d’autres formes d’expressions que Tétouan et Fès.  Si dans ces derniers villes d’héritage de la Méditerranée  ancienne, d’Al Andalous et du Proche Orient est prépondérant, Taroudant et Marrakech résonnent de rythmes africains, dont les échos ne se font aussi entendre clairement dans les quartiers populaires des villes modernes comme casablanca.

  C’est peut être le courant africain plus que la fidélité des Almohades à l’Héritage byzantin des Omeyyades qui a  assuré la permanence au Maroc des constructions à base carré et des toitures pyramidales.

 L’attachement africain à la ligne brisé

                                       à la forme carrée

                                         au hic et nunc

S’opposerait à 

L’Attachement asiatique à la ligne continue 

                                         au cercle

                                      à l’au-delà

il est claire que ces deux courants dans les formes d’expression ne peuvent être considérés que comme des tendances très générales ancrées dans des expériences ancestrales,modifiées par des interférences historiques

Le Maroc ne pourra rester ouvert sur l’Afrique que dans la mesure où l’Europe voudra bien  garder et développer ses liens avec le continent noir. 

Le rôle de l’Espagne parait alors essentiel : pour elle l’enjeu et de renoncer une fois pour toutes à sa culture unique en Europe est entrer définitivement dans la mouvance asiatique, comme l’a fait l’Egypte depuis longtemps, ou bien en restant fidèle à son héritage africain, l’Espagne pourra assurer à l’Europe tout entière la continuité au débat passionnant et enrichissant entre la sensibilité africaine,qui dans le passé l’a emporté en Europe avec la culture de Hallstatt et dans l’Art roman et la sensibilité asiatique qui y a triomphé dans l’art de la Téne et dans l’art gothique.   

L’ouverture sur l’Afrique parait le seul moyen pour empêcher la culture des pays industrialisés de sombrer dans une culture unidimensionnelle et stérile 

Dans cette perspective le Souss devait assumer de nouveau son rôle d’intermédiaire naturel entre l’Afrique subsaharien et l’Europe Occidentale 

  Ce ne sont pas en effet seulement les absences ou faiblesse de part et d’autres qui ont donné aux Almoravides et aux Almohades l’occasion d’unifier tout l’occident Musulman. Cette action fut possible principalement grâce au dynamisme particulier du Sud du Maroc, qui s’était traduit, selon tous les témoignages, par une grande prospérité et le bien-être des populations. Cette prospérité était le résultat de l’investissement des retombées du commerce transsaharien, principal moteur de l’économie marocaine depuis des siècles.  

    Alors que le Nord du Maroc parait avoir continué à jouer surtout un rôle de transitaire, le Sud ne s’est pas contenté de ce rôle et a su mettre en valeur ses propres potentialités minières et agricoles en relation avec le commerce entre l’Afrique et l’Europe.

 Au 10ème et au 11ème siècles les géographes dépeignent le Maroc comme un pays béni. Ils vantent la richesse de la végétation, le rendement des cultures, l’abondance règne et  les prix des denrées agricoles sont bas. Mais « il n y a pas de région qui puisse être comparée avec le Souss el Aqsa, pour l’étendue, la fertilité, l’aisance des habitants et l’abondance des produits qui servent de nourriture à l’homme … on y recueille des fruits propres aux pays froids et ceux qui viennent dans les pays chauds »  (Ibno Haouqal), texte cité dans l’Histoire du Maroc.

    Contrairement au Nord et au Sud-Est du pays, le Souss n’a pas vu l’éclat des villes comme Volubilis ou Sijilmassa. Ces villes étaient des créations correspondant à des intérêts conjoncturels internationaux (politique, économique, voire idéologique), Taroudant a pu naître chaque fois de ses cendres, pour reprendre son rôle naturel de capital baser sur sa situation géographique centrale dans le Sud-Ouest et la richesse agricole de la vallée du Souss

Il parait intéressant de résumer ici comment dans le passé le Souss a développé ses ressources matérielles et humaines en relation avec le commerce transsaharien 

Le développement économique du SudEst  a pu se faire à partir des données suivantes.

l’existence de ressources naturelles : mines de cuivre et d’argent ainsi que l’eau pour l’agriculture à base d’irrigation.

Disponibilité de capitaux internationaux par l’intermédiaire des communautés juives établies dans le Sud 

Une Main d’œuvre locale dynamique 

La proximité d’un axe commercial international :

 -passage obligatoire pour le commerce Nord-Sud  

 -réseau communication internationale entre les communautés juives

  5-la sécurité assurée par les tribus Sanhadja qui contrôlaient les pistes sahariennes jusqu’à la pénétration arabes à partir surtout du XIVème siècle 

          Une principauté aurait été fondée à Ifrane en 36 av. J.C par les juifs venant du Royaume d’Israël après la destruction du temple en 587 av J.C accompagnés de trois prophètes ;il auraient débarqué à Massa ou ils ont du arriver sur des navires phéniciens ou carthaginois. 

    Quoi qu’il soit de la véracité de la tradition retenue par les rabbins d’Ifrane, la densité des sites à gravures rupestres entre Ifrane et Akka doit bien avoir répondue à une densité importante du peuplement humain à l’époque néolithique. La qualité de l’industrie lithique de la région est mondialement connue parmi les archéologues pour sa perfection, ce qui peut avoir été la raison de sa prolongation pendant l’age des métaux.

        Suite à la demande croissant de l’or africain dans les différentes parties du monde musulman et dans l’Empire Byzantin, il a eu dès le début du IX siècle :

 
investissement de capitaux par des bailleurs de fonds dans l’exploitation des gisements minières les plus importants des différentes régions du Souss notamment ceux de cuivre et d’argent, métaux particulièrement appréciés sur les marchés africains dans l’échange contre l’or.


investissement des capitaux dans les travaux hydrauliques nécessaires à la production agricole spécialisée notamment le sucre très demandé par le marché européen. Production attestée depuis l’époque almohade.  

 
la création d’emplois dans les deux secteurs mentionnés pour une main d’œuvre nombreuse, fournissant l’épargne qui à son tour soutenait une grande variété d’activité à travers les régions du Souss.

Ces activités crées dans où près des villages permettaient aux hommes de continuer à s’occuper de l’entretien régulier des terrasses aménagées sur les flancs de montagne. Cet entretien est indispensable pour éviter une dégradation du sol par l’érosion et la baisse consécutive du rendement de l’activité agricole qui souffre de toutes les façons d’une pluviométrie très faible. L’activité agricole est assurée en grand partie par les femmes qui dans certaines régions n’hésitent pas de faire même les travaux de labours. 

Les activités dans les quelles pouvaient s’engager les hommes s’étendaient aux domaines suivants : 

le commerce locale et de transit vers les villes du Nord : produits africains et européens.

L’artisanat : à part les objets de première nécessité, il s’est développé une demande produits de luxe voire d’objets d’art surtout dans les domaines de la parure et de la décoration intérieure

L’exploitation minière familiale : encouragée par la demande crée par les exploitations de type capitaliste 

L’enseignement : un nombre toujours croissant de villages et d’hameaux demandaient un Fqih pour l’enseignement primaire dans les mosquées qui étaient crées partout.

A partis du XV nous voyons la création des Zaouïa qui tout en propageant l’universalisme de l’Islam favorisent l’épanouissement des cultures locales

     Grâce à la Ziara substantielle versée par une population prospère, les Zaouïa les plus importantes du Sud Marocain disposaient de moyen pour :

la constitution de bibliothèques contenant de manuscrits ramenés par de nombreuses personnes qui se déplaçaient.

Un enseignement gratuit de haut niveau intellectuel et une initiation à la vie mystique par des maîtres spirituels de grand renommé.

Les résultats ne tardaient pas à faire sentir :

Formation d’une élite intellectuelle locale qui, par sa parfaite connaissance de langue arabe classique et la présence dans la région de bibliothèques publiques et privées importantes, avait accès à la tout le savoir international de l’époque dans les différents domaines. Cette élite participait activement, oralement ou par écrit, aux discussions intellectuelle et spirituelles dans le monde musulman. 

La naissance d’un mouvement mystique populaire qui avait des racines plus profondes dans le Sud Marocain que la seule exaltation religieuse engendrée par la défense de l’Islam contre les menaces sur les cotes marocaines par le monde chrétien.

De par leur haut niveau intellectuel, les élites savaient faire la part entre l’adhésion à l’universalisme  de l’Islam et la fidélité à la langue et la culture Amazighe. 

construction et décoration de mosquées et de sanctuaires dans les traditions architecturales locales, sans complexe vis-à-vis les prestigieux  modèles de construction des villes andalouses ou orientales.

Encouragement ç l’enseignement des préceptes religieux  en langue berbère avec des commentaires du Coran écrits en berbère, voire une tentative traduction du Coran en Tamazight.

Pendant la deuxième moitié du 16° siècle plusieurs circonstances ont permis au Souss de consolider sa prospérité économique et son épanouissement culturel tout en affirmant son indépendance vis-à-vis du Nord du Maroc

Pendant cette période les itinéraires suivis par le commerce caravanier transsaharien étaient particulièrement favorables aux oasis présaharien du Bani occidental.

En même temps l’essor des pays du Nord de l’Europe donnait l’occasion au Souss d’exporter par ses propres ports atlantiques (Massa, Agadir) les produits qui traditionnellement transitaient par le Nord  du Maroc pour être exportés vers les pays méditerranéens 

Pour ne pas perdre leur  position dans le commerce entre l’Europe et l’Afrique, les compagnies des villes comme Gênes étaient également amenées à fréquenter davantage les ports atlantiques du Souss

     L’affaiblissement du pouvoir central après la mort de Mansour E’dehbi était, certes, favorable à une plus grande indépendance du Souss, mais à long terme il mettait en péril l’entretien de ses plus importantes installations hydrauliques et minières

  En effet, les conséquences des grandes épidémies de peste et cholera, qui ont décimé la population marocaine dans son ensemble autour de 1600, ont été désastreuses pour cet entretien et pour l’exploitation agricole et minière qui nécessitait une main d’œuvre nombreuse.

Les pouvoir locaux dans le Souss n’ont pas été à même de remettre en fonction tout l’appareil sur lequel reposait le secteur productif et se sont contentés de continuer à tirer les bénéfices du droit de transit des produits du commerce transsaharien  vers l’Europe.

C’est sans doute pendant cette période que la grande majorité des populations de l’Anti-Atlas a été amenée à chercher un remède au manque à gagner la vie sur place. Ainsi a du s’épanouir encore davantage l’esprit d’initiative personnelle qui s’est traduite par la formation professionnelle dans les domaines do commerce, de l’exploitation minière, de l’artisanat et des sciences (religieuses), d’au moins quelques membres de chaque famille. L’expérience très personnelle acquise dans la migration temporaire par une grande proportion de la population ne semble pas avoir entamé, cependant, l’esprit communautaire traditionnel.   

Plusieurs régions du Souss ont ainsi connu un développement à demi-urban  dans un cadre rural : professionnalisme des artisans, qualité des bibliothèques privées ou publiques et la présence dans les villages de nombreuse personnes ayant acquis une expérience urbain, voire cosmopolite, par la migration saisonnière ou temporaire.

En ce qui concerne l’artisanat, nous trouvons l’illustration du professionnalisme notamment chez les bijoutiers dans l’application de techniques et de modes esthétiques importées de l’extérieur, à des formes traditionnelles locales.

Cependant au17° et au début du 18° siècles,la concurrence de la navigation européenne pour le commerce avec l’Afrique subsaharien se faisait de nouveau sentir à coté l’exploitation minière et agricole développée par les européens en Amérique grâce à l’esclavage.

Pendant plus d’un siècle, l’économie du Souss a traversé une période difficile et a dû vivre en grande partie sur les acquis des siècles précédents.

Le savoir faire technique dans les Arts appliqués a pu probablement se maintenir, autrement on n’expliquerait pas la qualité des bijoux du début du 19° siècle, mais le manque de moyens matériels fait supposer qu’au cours du 17° siècle, les réalisations dans tous les domaines de l’architecture et des arts ont du se restreindre.

 La création du port d’Essaouira en 1765 est l’expression de la volonté du Makhzen de participer avec le Souss aux bénéfices du trafic transsaharien qui connaissait un nouvel essor pendant la deuxième moitié du 18°siècle.

  Ceci ne pouvait se faire que par une entente avec les souverains  de facto du Souss : les descendants de Sidi Ahmed ou Moussa 

  La meilleur preuve d’une entente au moins tacite se trouverait dans le séjour que le seigneur d’Iligh avec tout son cortège a pu effectuer en 1825 dans la ville d’Essaouira après une spectaculaire visite à l’impressionnante demeure fortifiée du Caïd Abdallah ou Bihi des Ait Zelten en pays Haha   

 C’était sans doute encore une période faste pour le Souss. Nous pouvons estimer que les bijoux, qui font l’objet d’étude de ce livre, reflètent la richesse de formes et de techniques à laquelle les artisans du Souss pouvaient recourir à cette époque pour leur fabrication

Ce dernier essor du commerce transsaharien a duré jusqu’au alentours de 1900 et a sans doute permis de maintenir en place dans le Sud-Ouest du Maroc certaines structures nécessaires au maintien de la qualité des expressions de la culture locale. Celle-ci avant donc encore connu un réel épanouissement pendant la dernière période de prospérité du Sud Ouest qu’on peut situer autour de 1800, même si bien avant cette date, le Souss avait perdu son dynamisme intérieur et avait été réduit de pays producteur de biens à pays de transit au même titre que le Nord du Maroc.

Au moment même ou le Souss perdait définitivement les bénéfices du commerce transsaharien, au début du 20° siècle, la modernisation de l’appareil productif était imposée au Nord par le système colonial. Soudainement, l’ancien équilibre entre le Nord et le Sud du Maroc bousculait en faveur du Nord  sous l’effet d’une intervention extérieure.

Les conséquences économiques de ce processus furent catastrophiques au milieu du 20° siècle quand, dans l’esprit colonial de l’époque, on arrivait à parler d’un Maroc utile et d’un autre inutile, celui-ci étant essentiellement le Sud.

Le support économique du commerce transsaharien une fois effondré, toutes les expressions de la culture afro berbère ont souffert de l’exode massif des artisans vers les villes du Nord du Maroc ou vers les pays Européens. Les artisans restés dans leurs villages ont abandonné tout espoir de pouvoir encore gagner leur vie avec leur métier traditionnel à moins de trouver un débouché pour leurs produits sur le marché touristique. Le plus souvent, ces artisans, parfois de grand talent, ont dû rejoindre les rangs des agriculteurs engagés dans la lutte contre la désertification des terres au tour des villages  

Espérons que la volonté politique actuelle du Maroc de surmonter la conception fâcheuse de régions inutiles permettra de développer de nouveau l’intérêt pour le Sud Marocain et pour sa part si importante dans l’histoire de l’ensemble du Maroc. Il devrait en résulter également un regain d’intérêt pour l’art et la culture saharienne et une reconnaissance plus consciente, de la part de l’ensemble de la population marocaine, l’africanité du Maroc. Le problème d’une trop grande dépendance économique à l’égard de l’Europe et culturelle à l’égard du Proche Orient ne pourra se résoudre que dans le cadre d’une politique qui reconnaît la vocation africaine du Maroc 

Plusieurs signes paraissent d’ailleurs indiquer qu’au plus haut niveau de l’Etat, on a commencé à jeter les bases pour renforcer les liens avec le continent africain.

– la récupération du Sahara Occidental.


le projet de la construction du tunnel sous le Détroit et de la route Tanger -Dakar


la création de l’Institut des études Africains à Rabat 


le discours royal du 20 Août 1994 visant l’introduction de l’enseignement de la langue Amazigh

dans la perspective d’un nouveau rapprochement entre les pays limitrophes du Sahara,l’ensemble du peuple marocain appréciera mieux l’avantage pour le pays d’un nouvel épanouissement de la culture afro berbère à travers l’enseignement de la langue Tamazight et l’acceptation d’autres manifestations de cette culture dans la vie nationale.  

 Dans ce même contexte il faudra insister sur la nécessité pour toutes les communautés Amazigh du Nord Ouest Africain de reconnaître le rôle joué par les Touareg dans la sauvegarde de l’identité afro berbère. Les Touareg étaient les seuls à avoir maintenu jusqu’au temps modernes l’utilisation de l’ancienne écriture Amazigh « Tifinagh ». Ils ont ainsi facilité sa réutilisation par les communautés Amazigh au Nord du Sahara. 

     

De la même façon, les expressions artistiques touarègues se révèlent déjà une source inestimable pour la réintégration de l’iconographie afro berbère dans la conscience de toutes les  communautés Amazigh.

 L’environnement culturel général du Sud du Sahara paraît avoir été favorable au maintien chez les touaregs d’une conscience claire de leur patrimoine artistique.

Au Nord du Sahara, le patrimoine artistique et culturel Amazigh, est certes resté en partie intact, mais il a été enfoui sous un « revêtement » de techniques et de thèmes d’ornementation dû aux influences ou interférences méditerranéennes et Proche Orientales.   

 Comprenant  l’importance du rôle favorable joué par l’environnement africain pour la sauvegarde du patrimoine afro berbère, on comprendra aussi qu’il est du devoir de l’ensemble de la communauté Amazigh de reconnaître la gravité des blessures qu’elle a causée aux communautés noires par la violence du passé.

D’autres parts s’imposent la reconnaissance de la contribution immense au patrimoine artistique berbères des artisans, poète et musicienne négroïdes, intégrés dans les communautés Amazigh

L’exemple de l’Afrique du Sud montre qu’on doit pouvoir surmonter un conflit dans l’intérêt commun, pour difficile qu’il soit.

L’Intérêt commun réside pour une grande partie dans une solidarité entre les différentes contrées et populations de l’Afrique visant la défense des valeurs culturelles, spirituelles et artistiques propre à l’Afrique contre les ambitions hégémonistes ou impérialistes d’où qu’elles viennent, que ce soit d’Occident ou d’Orient 

Ce texte va servir de base pour l’introduction à un livre sur ‘’la Parure dans le Nord-Ouest Africain’’ dont la publication est prévue pour septembre 1998.

Il convient de faire remarquer que dans le livre à publier, la présentation photographique des objets ne doit pas être vue comme une illustration des textes. Bien au contraire les textes doivent être considérés comme des éléments d’éclairage destinés à permettre une meilleure perception des œuvres présentées.

Ces objets ne sont seulement des manifestations matérielles d’une civilisation, mais aussi celles d’une culture profonde. En effet,outre qu’il soit des témoins au niveau technique et matériel des artisans et des populations du Sud Marocain,ainsi que de leur évolution historique,ces objets sont l’expression d’une sensibilité esthétique et psychologique qui en fait des œuvres uniques par rapport à celles d’autres civilisations et d’autres cultures. Le répertoire de formes de ces objets constitue un langage visuel dont la compréhension pourrait révéler des niveaux de la sensibilité collective que dans le langage parlé et écrit n’arrive pas ou se refuse à exprimer.